samedi 20 juin 2026

Cuic !




Hier soir, il pouvait être 23h30, je m'apprêtais à m'endormir. Déjà Morphée me proposait toute une palette de rêves, tous aussi aguicheurs les uns que les autres. C'est alors que je perçu, dans le silence de la nuit, un son bref et lointain. Pourtant, j'en étais certain, ce petit cri furtif provenait bien de ma maison. En tendant l'oreille je l'entendis de nouveau. Ça faisait "cuic", à intervalles réguliers. Un peu à contre-cœur je l'avoue, je sortis de mon lit et enfilais mes charentaises. Ça venait d'en haut et je gravis les escaliers jusqu'à la première mezzanine. Ça venait de plus haut encore, de la salle de jeux des enfants. Y étant arrivé je la vis. C'était une petite chouette, que dis-je, un bébé chouette, accroché à la rampe de bois. De là où elle était elle avait un point d'observation imprenable sur le salon en contrebas, où je dors habituellement. Je me suis approché en évitant les brusqueries, pour tenter de l'attraper, mais elle s'est envolée. Du moins elle a tenté de s'envoler, car ses ailes n'ont pas réussi à porter ce petit corps, pourtant si frêle, aussi insignifiant que ses plumes, et je l'ai vue aller se crasher quelque part en bas dans le salon. Redescendu je l'ai longtemps cherchée, sans succès. Et l'appel de la couette fut le plus fort. Toutefois je restais en alerte, et rapidement j'entendis de nouveau le cuic cuic. Il était à la fois proche et comme étouffé. Mais cette fois-ci j'avais localisé d'où il venait. Il venait de ce banc, que ma belle m'avait demandé de lui faire, à l'identique ou presque, après avoir visité une église dans la région, un banc raide, inconfortable comme tous les bancs d'église. Je l'avais si bien réalisé ce banc, si bien rendu son côté "instrument de torture et de pénitence", que jamais il ne fut utilisé, que jamais personne ne voulut y poser son fessier. Alors il a été relégué là, à côté de la cheminée, pour y recueillir de vieux magazines, des vieux papiers pour allumer le feu, des sacs de charbon de bois, un soufflet pour la braise, et différents outils pour entretenir le foyer sans se brûler les mains. J'ai fouillé dans tout ce fatras, pour finalement la trouver, coincée entre un pied du banc et du mur de pierres. J'ai pris la petite chose dans ma main, si légère, si fragile. Elle ne semblait pas apeurée mais plutôt étonnée. Sa petite tête de chouette oscillait de gauche à droite et ses petits yeux verts palpitaient.

-cuic ! 

- alors ma belle, on s'est perdu ? Tu vas les retrouver ta mère et tes copines !

Je l'ai posée sur mon index auquel elle s'est accrochée, avec la force de ses jeunes griffes et, sur la terrasse, j'ai levé ma main pour l'aider à prendre son envol.

-cuic. cuic, cuic ! 

Elle était en panique, à croire que j'étais tombé sur une chouette qui avait le vertige.

Alors je l'ai posé sur le muret en lui disant "à toi de jouer maintenant".

Elle a dû reconnaître son pays, son paysage familier, le vieux peuplier qui n'en finit pas de mourir, et soudain elle s'est envolée. Envolée de ses petites ailes, pas plus assurées que quelques minutes auparavant.

Cuic ! 

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Mais en gens bien élevés tout de même...