lundi 22 juin 2026

Citation 2


"Enfin, il haïssait, de toutes ses forces, les générations nouvelles, ces couches d'affreux rustres qui éprouvent le besoin de parler et de rire haut dans les restaurants et dans les cafés, qui vous bousculent, sans demander pardon, sur les trottoirs, qui vous jettent, sans même s'excuser, sans même saluer, les roues d'une voiture d'enfant entre les jambes."

Huysmans, À rebours

On remplacera la voiture d'enfant par une trottinette, et le parler haut par ceux qui nous partagent leurs conversations téléphoniques dont nous n'avons rien à faire, en tous lieux et tous moments, sans plus se soucier de notre tranquillité. À part cela rien n'a changé. 

samedi 20 juin 2026

Cuic !




Hier soir, il pouvait être 23h30, je m'apprêtais à m'endormir. Déjà Morphée me proposait toute une palette de rêves, tous aussi aguicheurs les uns que les autres. C'est alors que je perçu, dans le silence de la nuit, un son bref et lointain. Pourtant, j'en étais certain, ce petit cri furtif provenait bien de ma maison. En tendant l'oreille je l'entendis de nouveau. Ça faisait "cuic", à intervalles réguliers. Un peu à contre-cœur je l'avoue, je sortis de mon lit et enfilais mes charentaises. Ça venait d'en haut et je gravis les escaliers jusqu'à la première mezzanine. Ça venait de plus haut encore, de la salle de jeux des enfants. Y étant arrivé je la vis. C'était une petite chouette, que dis-je, un bébé chouette, accroché à la rampe de bois. De là où elle était elle avait un point d'observation imprenable sur le salon en contrebas, où je dors habituellement. Je me suis approché en évitant les brusqueries, pour tenter de l'attraper, mais elle s'est envolée. Du moins elle a tenté de s'envoler, car ses ailes n'ont pas réussi à porter ce petit corps, pourtant si frêle, aussi insignifiant que ses plumes, et je l'ai vue aller se crasher quelque part en bas dans le salon. Redescendu je l'ai longtemps cherchée, sans succès. Et l'appel de la couette fut le plus fort. Toutefois je restais en alerte, et rapidement j'entendis de nouveau le cuic cuic. Il était à la fois proche et comme étouffé. Mais cette fois-ci j'avais localisé d'où il venait. Il venait de ce banc, que ma belle m'avait demandé de lui faire, à l'identique ou presque, après avoir visité une église dans la région, un banc raide, inconfortable comme tous les bancs d'église. Je l'avais si bien réalisé ce banc, si bien rendu son côté "instrument de torture et de pénitence", que jamais il ne fut utilisé, que jamais personne ne voulut y poser son fessier. Alors il a été relégué là, à côté de la cheminée, pour y recueillir de vieux magazines, des vieux papiers pour allumer le feu, des sacs de charbon de bois, un soufflet pour la braise, et différents outils pour entretenir le foyer sans se brûler les mains. J'ai fouillé dans tout ce fatras, pour finalement la trouver, coincée entre un pied du banc et le mur de pierres. J'ai pris la petite chose dans ma main, si légère, si fragile. Elle ne semblait pas apeurée mais plutôt étonnée. Sa petite tête de chouette oscillait de gauche à droite et ses petits yeux verts palpitaient.

-cuic ! 

- alors ma belle, on s'est perdu ? Tu vas les retrouver ta mère et tes copines !

Je l'ai posée sur mon index auquel elle s'est accrochée, avec la force de ses jeunes griffes et, sur la terrasse, j'ai levé ma main pour l'aider à prendre son envol.

-cuic. cuic, cuic ! 

Elle était en panique, à croire que j'étais tombé sur une chouette qui avait le vertige.

Alors je l'ai posé sur le muret en lui disant "à toi de jouer maintenant".

Elle a dû reconnaître son pays, son paysage familier, le vieux peuplier qui n'en finit pas de mourir, et soudain elle s'est envolée. Envolée de ses petites ailes, pas plus assurées que quelques minutes auparavant.

Cuic ! 

vendredi 19 juin 2026

Citation


L'amour et la politique sont des feux qui dévorent, mais l'envie de pipi est plus forte encore ! 

Jean Lassalle




mercredi 17 juin 2026

Les ors de la République


Le palais de l'Élysée était à l'origine une demeure offerte à la marquise de Pompadour.

Le Panthéon fut d'abord une église, désacralisée par la suite, avant de devenir la demeure des grands hommes de la République, à l'exclusion de tous leurs prédécesseurs. L'immense Molière n'y a pas sa place. Bonjour l'inclusivité...

Le château de Versailles, là où Macron va accueillir Trump, était le summum, le symbole de l'éclatante force de l'ancien régime.

La République est un coucou qui se niche dans ce que d'autres avant elle ont fait de plus beau, de plus sublime, de plus grandiose. La République n'a rien à offrir à ses visiteurs que les merveilles du passé, car elle n'a jamais su produire de merveilles, de monuments emblématiques, ou simplement un peu de beau.

La République est médiocre et usurpe les grandeurs du passé.

Welcome Mister Trump, vous dînerez ce soir dans ce que fut la France.

mardi 16 juin 2026

Le progrès, à vos risques et périls




Moi, c'est bien simple, quand je veux me déplacer dans mon antique carrosse, je vais à la station la plus proche et je fais le plein d'un carburant, très carboné je l'avoue. Si je ne fume pas de Gitane maïs, je gave ma voiture aux énergies fossiles. Il paraît que c'est mal, mais j'ai tendance à m'en foutre, à ne pas culpabiliser, quand je vois nos voisins allemands et leurs centrales à charbon, l'Inde et la Chine, sans même parler de l'Amérique, qui s'en contrefoutent de leur bilan carbone et nous regardent d'un air méprisant. Faut-il rappeler que la France en matière d'émissions à effet de serre est plutôt une excellente élève et ce depuis longtemps ? Que les sermons que nous entendons régulièrement ne sont là que pour faire la part belle aux lobbies du renouvelable ?

Pourquoi je vous raconte tout cela ?

Un très cher ami est venu me tenir compagnie à "S". Il est arrivé ici dans une voiture flambant neuve, une voiture entièrement électrique, pas même une hybride, qui aurait été pour lui une insulte au progrès dont il veut à tout prix suivre le mouvement. Une sorte de Tesla mais de fabrication française, car il conserve un certain patriotisme. Le soir, au moment de l'apéro, il m'a dit "demain il faudra que nous allions en ville pour recharger ma voiture, on en profitera pour faire quelques courses".

Sa batterie, comme un mauvais téléphone qui se décharge trop vite, affichait un solde de 18 %.

Le lendemain donc, après un détour au supermarché, il repère sur son application une borne de recharge proche du centre-ville. Il me dit : "je t'offre un petit blanc au café du coin le temps de la recharge".

C'est assez impressionnant la recharge d'une voiture électrique. Il faut deux cartes, celle de l'abonné, la carte bancaire pour payer, mais aussi l'application du téléphone portable pour vérifier que tout fonctionne bien. Et je le regardais faire, taper des choses sur un clavier, passer une carte, puis une autre, pour enfin brancher une prise électrique qu'il avait dans son coffre. Rien que cela a pris pas loin de 10 minutes, quand enfin, il me dit triomphant "on peut y aller".

En revenant du petit blanc, alors qu'il ouvrait sa voiture, je l'entends s'exclamer "mais c'est quoi ce bordel" !? Je lui demande ce qu'il se passe. Il me répond que la charge n'a pas fonctionné. La borne était hors d'usage.

Je vous passe les différentes péripéties pour remettre un peu d'énergie à cette voiture d'une modernité incomparable, ce serait trop long. Mais ce que je peux affirmer ici, c'est que de son court passage en bas Vivarais, une grosse demi-journée aura été consacrée à trouver un moyen de redonner un peu d'autonomie à sa charrette.

samedi 6 juin 2026

Partageons la route

 



Depuis l'avènement du vélo électrique, les routes de mon bas-Vivarais sont de plus en plus encombrées. Tout le monde désormais a droit à sa balade sur la petite reine. Jeunes et moins jeunes, voire même des presque vieillards, qui vous grimpent des côtes à 30% en file indienne, en chantant "Ramona". Les routes étant par ici très sinueuses, et la visibilité quasi nulle, ils nous obligent, nous autres pauvres automobilistes pollueurs, à rouler d'un train de sénateur, en attendant la brève opportunité, à mater leur fessiers moqueurs, qui roulent bord sur bord sur de minuscules selles sodomites. Il m'arrive d'avoir des envies de coups d'accélérateur, de collisions dantesques, d'un grand nettoyage par le fossé. Mais Fredi, qui est un garçon raisonnable et bienveillant, qui n'a en lui aucune once de méchanceté et la vie devant lui, se dit que le village où il se rend sera toujours là, même avec 10 minutes de perdues. 

vendredi 5 juin 2026

Plaisirs et déboires à "S"

 



Voilà près de 10 jours que je suis à"S".J'y suis dans un infini isolement, comme si l'isolement naturel des lieux n'était pas suffisant. Depuis toujours, depuis ce jour où mes beaux-parents ont acheté cette ferme qui tombait ruine, nous avons toujours été reliés avec le monde. Dès le début des travaux de rénovation, les PTT de l'époque ont installé ici le téléphone. Et, aussi loin que je me souvienne, bien avant que n'arrive Internet, jamais nous n'avons été coupés du monde. Nous avons bien vécu quelques orages, nous privant un soir d'été d'électricité et de téléphone. Mais tout était rétabli, j'en témoigne, en moins de 24 heures. L'électricité comme la téléphonie étaient encore des services publics. Puis tout cela a été privatisé, au grand bénéfice de société comme SFR, Orange, et toute une myriade de prédateurs sortis de nulle part, trop heureux de se partager le gâteau, de se partager ce qui était notre bien commun. Il y a 10 jours, donc, je suis arrivé à "S". S'il y avait bien encore de l'électricité, il n'y avait plus ni téléphone ni internet. J'écris ce billet sur ma terrasse grâce à une 4G vacillante, incertaine, furtive. Ayant contacté mon opérateur je me suis en entendu répondre que la réparation ne pourrait intervenir que dans 10 à 15 jours. En attendant le feu peut bien envahir les collines, tout autant qu'il peut bien m'arriver un déboire médical, et pourquoi pas,  comme le veut l'époque, me faire agresser par une horde barbare. Personne n'en saura rien. Voilà le bénéfice du tout libéral.

Ces déboires m'ont fait redécouvrir un meuble oublié, pourtant fabriqué de mes mains : ma bibliothèque. Elle est assez riche, garnie par mes soins, ceux de fiston et de quelques amis (tiens, tu liras ça, ça devrait te plaire...).

Moi vous me connaissez, je suis un homme simple. Ne comptez pas sur moi pour me lancer dans la lecture des grands philosophes, des essais un peu tortueux, pourtant bien représenté dans mes rayons*. Et puis, sans me vanter, j'ai le sentiment orgueilleux qu'ils n'ont rien à m'apprendre. Alors je me suis rabattu sur des choses plus légères, comme un Simenon, "Maigret à New York", "Jean de Florette" et "Manon des sources" de Pagnol, un vieux San A, "l'Archipel des Malotrus", et "À rebours", de Huysmans.

L'autre soir j'ai pu mesurer la difficulté de passer de Pagnol à Frédéric Dard. La nuit n'était pas encore là quand je refermais "Manon des sources" et passais sans transition à "l'Archipel des Malotrus". Je n'aurais pas dû. C'était trop brutal. J'avais encore en tête les images de la garrigue, le chant des cigales, ces personnages, si humains dans toutes leurs bassesses et grandeurs, que Claude Berry a si bien restitués. Malgré toute l'estime et l'affection que j'ai pour Frédéric Dard, j'ai refermé le livre et suis allé me coucher, un peu en avance sur l'heure habituelle.

 le technicien doit passer un jour ou l'autre, demain peut-être, ou plus tard, ou jamais, quand il le voudra quand il le pourra, mais finalement ai-je vraiment besoin de lui ?

Tiens... la 4G vient de passer derrière la colline, en même temps que le soleil...

* En revanche, dès que l'on voudra bien me restituer un peu de réseau, je commanderai sur Amazon "l'Amitié" de Cicéron, recommandé par Michel Onfray. Le sujet me plaît.