lundi 25 mars 2024

Mer calme à agitée (archive)

 


 

 

 mercredi 27 juillet 2022
Mer calme à agitée




Il y a un an environ, une camionnette s'est arrêtée à proximité de "S". Un jeune homme plein de vigueur en est descendu avec un instrument dans la main. Il m'a montré du doigt le poteau de bois qui nous amène ici électricité et téléphonie. Mais lui visiblement en cherchait un autre de poteau, qu'il m'a indiqué sur son appareil électronique auquel je ne comprenais pas grand-chose.

- monsieur, ce poteau n'existe pas, le dernier que vous trouverez dans le secteur, c'est celui-ci, le nôtre, le dernier de la commune. D'ailleurs si vous continuez sur quelques mètres, vous serez sur la commune voisine. Ici c'est le terminus, même le facteur rechigne à y venir.

Il ne voulait pas le croire, sa machine lui indiquait un poteau et il voulait voir ce poteau. Je n'ai pas cherché à le convaincre, mais, à toute fin utile, je lui demandais pourquoi il y tenait tant à ce poteau.

- eh bien monsieur, m'a-t-il répondu, c'est que nous apportons la fibre, que vous l'aurez au plus tard début 2023. Et qu'il nous faut préalablement répertorier le réseau car elle sera aérienne.

Sur ce il est reparti, avec sa petite machine entre les mains, interrogeant du regard les collines, insatisfait de ma réponse.

Bigre... "la fibre" allait arriver jusqu'ici...

Hier je descendais vers la ville par la petite route. Là je croisais une autre camionnette, avec élévateur, et deux ou trois hommes qui s'affairaient à accrocher des câbles au sommet des poteaux. Curieux comme je suis, je me suis arrêté pour leur demander la nature de leur activité. Et c'est tout naturellement qu'ils m'ont répondu "qu'ils apportaient la fibre au hameau de "V".

Le désert numérique perdait du terrain, et dans cette marche vers le progrès, "S" serait la dernière à être servie.

Ça m'a laissé songeur. Je me suis souvenu d'un temps, pas si lointain, où quand je venais à "S" je n'avais pour seules compagnies que des livres, le feu dans la cheminée, un téléphone qui ne sonnait que très rarement, mes rêves et un vieux transistor.

C'est de ce vieux transistor dont je me souviens aujourd'hui. Au fond de cette vallée perdue, il ne captait presque rien. France Inter y était encore audible, mais, par un défaut technique que je ne saurais expliquer, passé le flash de 20h, sa captation des ondes déclinait, le son se perdait dans un grésillement progressif, le transistor ne percevant plus que le "tac tac" de la clôture électrique voisine. C'était l'heure de la météo marine. Elle durait des minutes qui paraissaient des heures. C'était aussi un moment de grande poésie, propice à l'évasion :

Mer d'Iroise, vent modéré de secteur sud, mer calme, pas d'avis de coup de vent en cours ni prévu.

Cantábrico, mer calme à agitée, vent de secteur sud-ouest se renforçant dans la nuit.

Et je somnolais au coin du feu. J'étais ce marin embarqué sur son chalutier qui regardait s'éloigner la côte.

Le son dans le transistor devenait insupportable. Le "tac-tac" surnageait dans un océan de grésillements, la voix du présentateur devenait inaudible. Je me levais et coupais l'appareil. Ne restait plus alors qu'un immense silence.

La fibre arrive, et les rêves s'en vont.

EN COMPLÉMENT CETTE BELLE CHANSON DE JULIETTE, MÉTÉO MARINE.

 


 

 

 


Brigitte (archive)

 

 


 
mardi 16 novembre 2021
Brigitte

 
Depuis le temps qu'elle m'en réclamait quelques pousses...

- Je t'ai apporté des lilas de "S" !

- Ô merci ! Ce sont des blancs ?

- Oui. Je les ai prélevés à côté de chez Brigitte. Mais ils sentiront bon quand même...

Brigitte est un chiotte à "S" posé sur une structure de bois au-dessus d'un trou, habillé de tuiles romanes et caché derrière un bouquet de lilas. Nous l'utilisons encore beaucoup et, l'été, l'endroit est envahi de  grasses mouches bruyantes, vertes ou bleues.

Il faut dire que le confort à "S" est un peu sommaire, spartiate. Quand il y a quarante ans ma belle me fit découvrir ces lieux splendides, il n'y avait rien. Dans les années 70 mes beaux-parents avaient sauvé de l'écroulement total  cette ancienne magnanerie. Longtemps après que les travaux de sauvegarde furent finis, les cartes d'état-major de la région continuaient d'indiquer "S" avec la mention "ruines" en italiques accolée. De fait, il restait beaucoup à faire.

- Mais ils faisaient comment tes parents quand ils venaient ici ?

- Mon père avait creusé un trou, là, derrière les lilas et avait posé quelques planches dessus.

Le trou s'était bouché et des planches, il ne restait que quelques débris pourris.

- Bon... et on fait comment maintenant ?

Avec un sens de l'a-propos, elle me répondit " tu te dém....".

Et nous partions tous les matins, dans des directions opposées, avec notre rouleau de pq à la main... Au bout de quelques jours, quand nous commencions à sentir un peu fort, nous descendions nous asperger d'eau claire au ruisseau qui est en contrebas de la maison, car d'eau courante nous en étions également dépourvus. Mais en secret (quel secret...) je conservais l'idée de réhabiliter les chiottes de mon beau-père.

Un jour que je revenais de faire mes courses, je m'arrêtais au village et pénétrais dans le café de M. B. M. B. était un jovial colosse, passionné de chasse, qui devait être emporté par le crabe quelques années plus tard. Pour l'heure j'étais son seul client. Je lui commandais un pastis et il mit deux verres sur le comptoir :

- Je vous accompagne si vous le voulez bien.

Et nous entamâmes une conversation de bric et de broc, faite de ces futilités que l'on se dit entre deux presque inconnus. À un moment, à brûle-pourpoint, je lui demandais s'il ne connaissait personne qui aurait un chiotte à vendre.

- Ah on peut dire que vous tombez bien vous ! J'en ai un justement, moi, de chiotte ! Vous voulez le voir ?

Eh comment que je voulais...

Il m'entraina dans la cour derrière son établissement. Là, à côté d'un réduit à outils, il y avait un magnifique trône de porcelaine immaculée. Je me laissais aller à la contemplation de l'objet*. En fait de contemplation, je me demandais surtout comment j'allai bien pouvoir m'y prendre pour briser le siphon sans trop de dégâts, afin de créer une prise directe avec mon trou. Mais M. B. se trompa sur mon attitude qu'il prit pour de l'hésitation :   

- Je vois que vous n'arrivez pas à vous décider. Mais vous savez ce ne sont pas n'importe quels chiottes !

- Ah bon ? Et qu'ont-ils de si particulier ?

- Eh bien avant que je me décide à les remplacer, ils étaient dans mon café. Un jour, Brigitte Bardot est passée dans notre vallée. Elle a pris un verre ici et puis... et puis elle a demandé les toilettes. Voilà ...

- Oh mais dites-moi ça change tout ! Si BB a fait l'honneur de poser son adorable fessier sur ces chiottes je les prends sans plus me poser de question !

Je rapportais mon trésor derrière le comptoir. Sans même me demander mon avis M. B. nous resservit deux pastis. La scène eut paru cocasse à un visiteur : deux hommes accoudés de part et d'autre du comptoir dont l'un avait pour voisin immédiat un magnifique chiotte.

Il ne me demanda pas d'argent, trop content sans doute de l'avoir débarrassé d'un encombrant promit à la déchetterie. Mais, au moment de payer mes consommations, je laissais malgré tout un Debussy sur le comptoir.

Brigitte valait bien ça...

 *Ben quoi ? À Beaubourg on contemple bien des urinoirs !




dimanche 24 mars 2024

De la sodomie dans la constitution (archive)

 

 


 

 lundi 4 juillet 2022


 

Hier soir, cherchant à oublier temporairement mes emmerdements, je regardais sur la Tivi un débat passionnant. Il portait sur la décision américaine de revenir sur le droit à l'avortement. Ce qui est faux d'ailleurs, il faut le marteler : la CS a redonné à ses états membres la possibilité d'édicter leurs propres lois sur le sujet, ni plus ni moins, et c'est une nuance de taille.

Mais il y avait sur le plateau une célèbre correspondante aux EU. Révoltée, outrée, elle en est venue à dire qu'avec pareille loi certains états pourraient un jour criminaliser la sodomie. Je ne sais pas si elle est elle-même adepte de la pratique mais, compatissant, je me suis dit "elle a raison, ça peut devenir un problème pour beaucoup"...

Et comme nous ne sommes pas à l'abri des mauvaises influences américaines, j'ai imaginé que la chose puisse un jour arriver dans notre douce France. Mais tout de suite je me suis rassuré :

Puisque notre gouvernement se propose de réunir, en congrès extraordinaire, le parlement, afin d'y graver dans le marbre de notre constitution le droit à l'IGV, et bien nous n'avons qu'à profiter de l'occasion pour y inscrire également le droit imprescriptible à la sodomie. Et comme on ne va pas convoquer tous les quatre matins le parlement sur des sujets aussi importants, je suggère un article supplémentaire : le droit à la fellation. Avec un alinéa toutefois, précisant s'il est permis d'avaler ou pas.

Quoi ! ?

Je vous choque ?

Mais quand on vit en Absurdie, il faut avoir le courage de pousser l'absurdité jusqu'au bout !

Non ?....

samedi 23 mars 2024

Jour de pluie à "S" avec Solveig (archive)

 

 

jeudi 16 décembre 2021

Jour de pluie à "S" avec Solveig

 

J'avais dans mes affaires un vieux disque dur de plus de dix ans qui prenait la poussière. Il provenait d'un ordinateur qui avait rendu l'âme subitement, le temps d'une collation : à mon retour, écran noir définitif malgré de multiples autant que vaines tentatives de restauration. 

Hier j'ai rendu visite à l'informaticien de mon quartier afin de lui demander s'il était possible de récupérer les images que j'espérais, en dépit du plantage, conservées dans le bloc de métal. Il vérifia d'abord que l'objet était encore fonctionnel. Il l'était. Pour 25 euros je repartis avec un petit boitier dans lequel j'insérais le disque et raccordais le tout à mon ordinateur. Et là miracle : je pus parcourir à nouveau des photos dont certaines assez mémorables. Une vraie mine qui sera aussi comme un album de famille pour ma descendance.

De ce trésor, j'ai extrait ce matin une petite vidéo prise avec l'un des tout premiers appareils photo numériques, un Samsung très élégant, fin et léger, mais qui ne pétait pas très loin niveau pixels. La qualité de l'image s'en ressent. Mais je la trouve amusante malgré tout. Je l'avais faite un jour de pluie à "S", et la musique que l'on entend, c'est "La chanson de Solveig" de Grieg. Le détail amusant c'est que la musique, par le frémissement de la toile d'araignée provoqué par quelque courant d'air, semble sortir du vieux poste sur la cheminée qui n'est pourtant qu'une coquille vide :

 

 

Le génie ça démarre tôt (archive)

  

 


 

Tous artistes !
                                                                Le génie ça démarre tôt
                                                                      Mais y'a des fois ça rend marteau.

Ça démarre tôt en effet. Ça se détecte à la petite école quand vous récupérez votre enfant les ongles et les mains encore tachés des couleurs manipulées l'après-midi en atelier d'art-plastique et que vous vous entendez dire par la maîtresse admirative :
- cet enfant a un tempérament d'artiste qu'il ne faut en aucun cas contrarier, mais au contraire encourager.
Pour l'heure la maman se demande surtout si c'était une bonne idée de choisir la chemise blanche de papa pour servir de blouse de travail.
Encourageons donc. Tous artistes ! D'autant que quand on voit ce que l'on voit, qu'on entend ce que l'on entend, la tentation est grande de se dire "pourquoi lui, pourquoi pas moi ?".
Plus tard, vers l'adolescence, le même enfant aura sa première guitare, puis deux guitares, un piano à queue et une contrebasse, des boites de couleurs, des rames de papier Canson, un hélicon et un stylo Dupont. C'est pourquoi nous avons la chance, en France, d'avoir un vivier d'artistes inépuisable. La Mairie de Paris a pensé à eux et met à la disposition des plus chanceux d'entre eux, pour une somme modique, des ateliers d'artistes afin que les talents puissent s'épanouir à l'abri du besoin, des contraintes vulgaires et des froidures de l'hiver. J'ignore comment se déroulent les attributions mais l'on sait bien qu'elles sont du genre à éveiller les suspicions, les soupçons de copinage. Je sais en revanche que les heureux élus sont tenus, pour justifier de leur qualité d'artistes et être ainsi reconduits dans leurs locaux, de fournir une production constante et régulière. Le deal n'est toutefois guère contraignant.
Ainsi celui-ci décline-t-il à l'infini des codes-barre sur des fonds monochromes. C'est sa façon de dénoncer le libéralisme et la société marchande. Il fait ça depuis vingt ans et ne redoute qu'une seule chose : que son message soit incompris.
Cet autre commet des aquarelles, des nuages dans toute la gamme des bleus. C'est très beau, très apaisant. Un jour, dans un mouvement d'audace qui lui ressemble peu, il s'est levé en bousculant sa chaise en arrière puis il a fait pleuvoir son pinceau à cinquante centimètres de la feuille à dessin. Le résultat ne fut guère concluant. De plus ça éclaboussait ses attestations de paiements Assedic qui traînaient à côté. Il a renouvelé l'opération mais cette fois à vingt centimètres. L'art c'est souvent une affaire de distance. Il fut satisfait du résultat. Ça mettait, comment dire...un peu d'énergie dans ses créations, on devinait très nettement que l'artiste avait franchi un cap, qu'il n'était pas loin de toucher au sublime. Depuis quelques temps il traverse une période révoltée. Il veut témoigner de l'agressivité de notre époque contemporaine. Les nuages sont devenus rouges.
Je tiens le dernier exemple pour un pur génie. Voilà un homme, salarié à quart temps d'une grosse boite de la banlieue ouest, qui a tout compris. Il a pris l'habitude de roder autour des chantiers de la capitale, de ramener de ses pérégrinations, à l'instar du Facteur Cheval ramenant des cailloux de ses tournées, des bouts de fil de fer rouillés. A l'aide de pinces, le plus souvent à mains nues, il en conçoit des "hommes marchant" qui ne sont pas sans évoquer ceux de Giacometti en plus maigres. Cette idée d'une accusation de plagiat le tourmentait sincèrement. Un matin qu'il jetait dans la poubelle de tri sélectif des emballages divers, il remarqua des piles de journaux, de Figaro, Libération. Il resta un instant en arrêt, tenant le couvercle relevé, contemplant les vieux imprimés. "C'est pas con ça", murmura-t-il le nez dans la poubelle. Il s'empara de tous les journaux et revint dans son atelier. Devant sa machine à laver le linge il préleva les pages qui lui semblaient les plus intéressantes, rejeta les pages saumon du Figaro, les comptes-rendus sportifs, hésita devant celles où figuraient les résultats du loto, bourra le tambour au maximum puis sélectionna le programme (programme court, ne pas ajouter de chlore). A la fin du cycle il récupéra un amalgame où s'enchevêtraient les pages du Figaro, celles de Libération, où les mots d'Ivan Rioufol se mêlaient à ceux de Laurent Joffrin dans une pâte consensuelle, réconciliés. Un frisson lui parcouru l'échine : "Putain le symbole ! Je tiens quelque chose".
Il retourna avec sa boule dégoulinante dans l'atelier, la déposa sur la table, la malaxa un peu comme l'aurait fait un boulanger avec sa pâte à pain, puis entreprit de garnir ses pièces de fil de fer. Il s'agaça des difficultés qu'il rencontrait au niveau des phalanges, des attaches des mains, travailla tard dans la nuit sur une demi-douzaines de pièces, alluma tous les radiateurs pour accélérer le séchage, se coucha épuisé.
Le lendemain il eut une vive déception : dans la nuit la pâte à papier s'était rétractée, avait formé des bourrelets irréguliers. Mais ce n'était pas le pire. Cela encore pouvait s'expliquer, passer pour un geste voulu. Il suffisait de bâtir un discours autour de la technique, de l'effet recherché. Non, ce qui l'attristait profondément c'est que l'ensemble dégageait quelque chose de terne, d'inachevé. Contrarié, maussade, il gagna sa salle de bains, commença à se raser. C'est alors que dans le reflet du miroir il aperçu derrière lui, posée sur une étagère, une bombe de laque l'Oréal oubliée par une ex quelconque. "Bon sang mais c'est bien sûr !", s'exclama-t-il. Dans son émotion il s'entailla le menton. S'épongeant vivement il se saisit de la bombe et couru à son atelier, vida la laque sur ses œuvres. Les couleurs s'en trouvèrent instantanément rehaussées, les contours prirent une patine vernissée du meilleur aloi. De plus, ce qui n'est pas négligeable, les "hommes marchant" avaient désormais un irrésistible parfum de salon de coiffure pour dames.
C'est un homme heureux qui parti ce jour là accomplir ses trois heures journalières de travail, le cou plein de mousse à raser séchée, avec un filet de sang dedans. Il est régulièrement exposé depuis, sa cote n'en fini pas de monter.
A ce stade et pour conclure, je veux dire une chose : ne nous laissons pas aller aux plus bas ressentiments, ne nous laissons pas gagner par la rancœur et la mesquine jalousie. Dans ces pépinières que tout le monde nous envie, se cachent certainement ceux qui demain feront la nique à ces authentiques escrocs que sont Jeff Koons et Anish Kapoor, seront la gloire et le rayonnement de l'art à la française.
Vive les ateliers d'artistes de la ville de Paris et vive la France !


Wayback machine

 


 Depuis quelques jours je fouille les entrailles du web, à la recherche de billets de blog que je regrette de ne pas avoir sauvegardés. 

J'utilise pour ça cet outil imparfait qu'est Wayback Machine. Imparfait car il n'enregistre pas tout, mais quelques moment choisis par lui sur des critères qui me dépassent. Imparfait aussi tant ses délais de conservation sont assez courts : entre six mois et un an. Malgré tout, au petit bonheur la chance, je retrouve certaines choses miraculeusement sauvées de l'oubli, que je republie de nouveau. Beaucoup hélas sont définitivement perdues.

Ainsi va Fredi, homme irrésolu, sujet aux coups de tête (seulement tous les trois ans) qu'il déplore aussitôt.

Souvenirs de bistrots (archive)




vendredi 4 juin 2021
Souvenirs de bistrots


 

 

J'ai seize ou dix-sept ans, j'entre avec "S", mon ami de toujours, à "La Godasse".

La Godasse a pour enseigne, dans ce petit trou perdu, une canne de bois avec une ficelle. Et au bout une godasse. Pardi...

Il règne à "La Godasse" une perpétuelle odeur de tabac brun, Johnny hurle "Gabrielle" ou "Que je t'aime". Et quand je glisse une pièce dans le juke-box, que Souchon ou Voulsy prennent la relève, on me regarde bizarrement, avec un sourire en coin. Quoi ? Il n'y a qu'Edwige, derrière le bar, qui semble me comprendre : Rockcollection ça lui va bien, soulage ses tympans. Edwige, c'est tout un poème. De dos, quand elle range les verres, c'est une silhouette délicieuse, de  longs cheveux châtains qui lui tombent sur un petit cul adorable ; de face, c'est aussi charmant, s'il n'était ce visage ravagé par une acné envahissante, dévorante, qui fait penser à une maladie honteuse, elle qui a le même âge que nous. Elle est notre seul fantasme à des kilomètres à la ronde. Sa mère ne la perd jamais de vue.

- C'est ta partie...

Je pose ma Balto sur la glace, à côté du truc qui envoie la boule.

Clac... clac... clac clac clac !... clac... bing ! Partie gratuite... clac..., fourchette...., clac... C'est fini. Mon clope s'est consumé, laissant une trainée brune sur le verre.

- Edwige, une autre "16" s'il te plait !

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Avec "S" nous sommes à la ville, là où il y a le marché et le Prisunic. Au café du Nord on se refait une santé à coups de Picon-bière. Au troisième, il me dit que sa mère doit être au Péché-Mignon, m'invite à la rejoindre.

Elle est devant une tasse de thé. "S" s'assoit à côté d'elle, lui caresse son genou, doré au carotène. "S" et sa mère ont toujours eu des rapports étonnants, dérangeants. Elle nous propose du chocolat chaud et de la brioche, ce que je décline tout de suite et que "S" accepte volontiers. Ça aussi ça m'étonne : comment s'enfiler du chocolat chaud après du Picon-bière ? C'est gerbatif !

Le café du Nord est aujourd'hui une banque, le Péché-Mignon un kébab.

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Je suis parti au soleil tombant, sur un vieux clou dont j'avais regonflé les pneus dans l'après-midi. Après une dizaine de kilomètres d'une petite route enchanteresse, j'arrive essoufflé au sommet d'un col. En bas dans la vallée, le village de "G...", déjà dans la pénombre. Je m'arrête pour le contempler. Immobile, immortel, il donne l'impression d'un voyage dans le temps. Puis je dévale en roues libres la côte sinueuse jusqu'à lui. Sur la petite place le café est très animé. Je me joins, un peu à l'écart, à une réunion de chasseurs. Nous sommes en aout et l'on programme ici la prochaine saison. Aux portes de la grange voisine il y a des trophées accrochés : pattes de biches, de sangliers. Comme eux je commande un pastis. Ça tombe bien le patron n'a que ça à offrir.

- Et le monsieur, il en reprend un ?

- Bien volontiers, merci...

Quelques minutes plus tard :

- Et le monsieur, il en reprend un ?

- Bien volontiers, merci...

Une heure plus tard :

- Et le monsieur...

- Ah non ! Cette fois-ci c'est la mienne si vous me permettez !

Il va être onze heures. Le "L...", que je ne connaissais pas encore il y a trois heures à peine, compte devant moi sa recette, ce que je trouve un peu culotté. Satisfait il se tourne vers moi :

- T'as mangé ?

- Ben non, pas encore.

- Viens, je t'invite, je connais un endroit où l'on nous servira encore.

Ce soir-là je venais de me faire un ami, peu gâté par la vie, handicapé de la hanche, un vieil homme généreux et solitaire, au crâne lisse et brillant à la Yul Brynner, aux yeux bleus étincelants. Il est mort un matin, à 73 ans, juste après avoir ouvert ses volets.

Mémoire de "S" (archive)

 


 

 

 dimanche 21 mai 2023
L'intelligence des mains, et leurs limite
s





Moi qui suis à "S" depuis quelques temps déjà, je regarde et me souviens de tous ces moments où j'ai mouillé la chemise, piquant là des joints de pierres, en remontant ici ; cette porte toute déglinguée qu'il m'a fallu refaire, et que je tiens encore pour mon chef-d'œuvre. J'ai passé plusieurs soirées à cogiter la chose, prenant des notes, révisant les étapes plusieurs fois. Et je me suis lancé. Ça m'a pris deux grosses journées, j'habitais la maison ouverte à qui le voulait, on aurait pu me trucider pendant la nuit sans aucun problème : ma porte était en soins intensifs au clair de lune. Le jour de sa réinstallation j'ai dû me rendre à l'évidence : j'avais fait du solide, mais aussi du beaucoup plus lourd. Seul, il m'était impossible de la remettre sur ses gonds. J'ai appelé mon voisin.

Il regardait ma porte, étendue sur les tréteaux.

- mais tu es sûr qu'elle...

- écoute, tout va très bien se passer. J'ai juste besoin de tes bras, dans dix minutes c'est fini.

- t'es bien sûr de toi ! Je suis vieux tu sais ! Je ne pourrais pas la soulever 36 fois !

- nous allons faire comme ça.

Elle a glissé dans ses gonds, je l'ai faite pivoter pour voir. Il n'y avait pas un millimètre à reprendre. Sans un grincement, dans une rotation douce et mate, elle retrouvait sa fonction initiale : ouvert /fermé.

Il n'y a rien de plus gratifiant que le travail des mains (les guitaristes ou les pianistes en savent quelque-chose...) .

Moi, quand je remontais des pierres, je n'y étais pour personne, concentré sur mes verticales, mes horizontales, le choix du bon cailloux que j'allais placer là, qui voisinerait avec cet autre, peut-être pour mille ans, la "colle" qu'il ne fallait pas laisser se dessécher dans la gamate.

Et le soir, béat, je regardais mon mur jusqu'à l'épuisement...

De tous ces travaux, indispensables dans une maison de campagne, il en est un des plus rebutant, des plus pénibles : le debroussaillage. Certes, là encore, quand après des heures passées avec le bruit de la bécane, le dos éreinté, des acouphènes plein la tête, mille impacts de projections sur les guiboles, tu regardes ces mètres carrés rendus à la civilisation, t'es plutôt content de toi...

Mais les ronces... Les ronces...

À moins de défoncer le terrain à la pioche, le retourner sur un mètre de profondeur, l'arroser d'hectolitres de glyphosate, et encore, et encore !... elles ricanent les ronces...

- Vous savez quoi ?

- Non, dis-nous

- il paraît que le parigot est parti.

- Non... Encore ?

- oui... On l'aurait vu prendre l'autocar pour Montélimar, avec sa petite valise à roulettes. Le train pour Paris de 17h47, avec un changement de 30 minutes à Lyon-Perrache...

- 30 minutes !!! Ah le con !

Sont assez moqueuses les ronces...

Et que, mine de rien, trois fois rien, je te refasse vite fait bien fait un petit bourgeon...

À la fin ce sont toujours les ronces qui gagnent.


Au Rose Bonbon (archive)

 


 

 

dimanche 5 février 2023


Au Rose-Bonbon

 

 

 Paris le 7 mai 1984, 21h.

J'entre chez "Léon de Bruxelles".

Comme je suis seulâbre, d'autorité je me dirige vers une petite table près de la baie vitrée, qui donne sur le Montparnasse et la rue de l'Arrivée. Le serveur arrive avec un menu sous le bras, mais comme le set de table plastifié en est un aussi de menu, j'ai déjà fait mon choix.

- ce sera des moules marinières et une bouteille de Muscadet.

Léon de Bruxelles, pour un amateur de moules-frites comme mézigue, c'est un pis-aller : les moules y sont généralement trop cuites, voire desséchées, les frites trop molles.

Dehors la nuit commence à tomber. Je regarde les gens aller et venir sur le boulevard, faire la queue devant le Gaumont. Dans une poche de mon perfecto, j'ai une invitation à une soirée privée au Rose-Bonbon. Qui me l'a offerte ? Ça je ne saurais le dire. À cette époque j'ai dans Paname tout un petit réseau qui m'ouvre bien des portes. L'invitation précise que la soirée démarrera à 22h30, mais il n'y a que les ploucs pour arriver si tôt.

Les moules furent sans surprise, conformes à ce que j'en attendais : ratatinées avec quelques éclats d'oignons qui, sur ce coquillage, évoquaient une maladie vénérienne, pas le moindre bout de persil. le Muscadet en revanche était parfait. À 35 francs la boutanche, c'est le contraire qui aurait été regrettable.

Le temps s'écoule lentement. Sur le boulevard la nuit est tombée. J'allume une Balto. Je vois bien que le serveur aimerait me voir déguerpir, céder la place, alors pour le faire patienter, lui redonner le sourire, je commande une deuxième bouteille de Muscadet.

23 heures. Légèrement grisé je sors de chez Léon et me dirige vers la rue de Rennes. La nuit est douce, printanière. Suis-je abusé par mes sens ? Il me semble discerner dans l'air des parfums de lilas, de chèvrefeuille. Et pourquoi pas après-tout ? Ça n'aurait rien d'étonnant au fond : ils viendraient de très loin, seraient entrés dans Paris par la porte des Lilas justement. Ma personnalité ultra-sensorielle me ferait le cadeau de ces effluves subtils et discrèts. Avant que le tabac me nique l'odorat et le goût, j'ai toujours été sensible aux odeurs. L'enfant solitaire que j'étais, aimait croquer les fleurs et les baies sauvages, les sentir à m'en bourrer le pif. Il m'aura fallu un ange-gardien, fidèle et vigilant, pour écarter ma main des plus dangereuses. Je me souviens d'un sentier, juste en face de chez nous. Je l'empruntais souvent, surtout les jours de vent. Après une grosse demi-heure de marche, il y avait une vallée, ondulée, qui était comme un miracle dans ce pays si plat. Et, sur la gauche, un grand bois de pins bicentenaires. J'adorais par-dessus tout m'allonger dans le tapis d'aiguilles, humer la résine, écouter chanter le vent dans les cimes, qui s'agitaient, la-haut, jusqu'au vertige.

J'avais pratiquement descendu la rue de Rennes. J'ai bifurqué sur la droite, dans cette rue dont le nom m'échappe, là où il y avait autrefois la boutique Burberrys si tu vois. Puis je me suis engouffré dans la station Odéon, prochain arrêt le Rose-Bonbon.

Au Rose-Bonbon il fait une chaleur d'enfer. Je m'avise très vite que tout le monde est plus ou moins à oil-P. Les enceintes crachent de vieux standards indochinois bien sirupeux, de ceux qui s'écoutaient du côté de Saïgon au temps béni des colonies, mais remixés (voir ou écouter plus bas pour en avoir une idée). Ne manquait plus que les vapeurs d'opium. Je me dirige vers l'endroit où je me sens le mieux dans ce genre de situation : le bar. Un mignon en tenue de soubrette s'avance vers moi.

- et pour le jeune homme qu'est-ce que ça sera ?

Le jeune homme sait d’expérience que pour sortir à peu près indemne de ce genre de soirée, il faut garder son couloir, éviter les embardées. Je commande un Muscadet.

- un Muscadet ? Il lève les yeux au ciel... Mais enfin voyons vous êtes au Rose-Bonbon ici ! Pas à Joinville ! Nous avons un excellent Champagne...

Va pour le Champagne alors. Ou apparenté. Un truc avec des bulles, ça c'est certain, un peu tiédasse tout de même...

Devant moi, derrière les étagères en verre et les bouteilles d'alcool, il y a un immense miroir. Entre la bouteille de Glenfiddich et la Vodka bison, j'ai un panorama assez complet de se qui se passe dans mon dos. En gros ça se tripote, ça se suçote, ça baisouille. Malgré la musique on entend parfois des râles, des soupirs et des exclamations ; un Bataclan où le foutre aurait remplacé le sang. Bref, c'est une partouze. Je reconnais un célèbre présentateur télé, appliqué à caresser langoureusement l'entre-jambe d'un patron de chaîne non moins célèbre. Le matin même il venait d'apprendre qu'il ne serait pas reconduit à l'antenne à la rentrée prochaine, alors il travaillait son avenir...

Puis je l'ai vu arriver. En bas-résille et porte-jarretelle, elle se dirigeait droit vers moi. J'étais sa proie. Ses seins étaient essorés, comme ceux d'une Africaine qui aurait allaité trop longtemps une fratrie de dix, plus ceux de la voisine les jours de pénurie. Elle a posé une main sur mon épaule. Il se dégageait d'elle une odeur de sueur et de talc pour bébés, qui m'a rappelé celle de ma mémé de  la rue des Pyrénées.

- on veut garder un bon souvenir de cette soirée jeune homme ?

C'est à ce moment là que j'ai senti que les moules de Léon commençaient à me reprocher : j'avais besoin d'un peu d'air frais.


 

 

TIME (archive)

 

 


 

 Time



Il sortit du métro vers 08h40, il était en avance. La pluie avait cessé mais la dalle était encore ruisselante. Son rendez-vous était à 09h00. Il s'assit sur un banc de pierre trempé, sans dossier, contempla les nuages qui défilaient au sommet des tours. Autour de lui, partout, des gens pressés se pressaient.
À moins dix il se leva et franchit les portes de la tour N° 2 qui s'ouvrirent automatiquement devant lui. Il se dirigea vers l’accueil, juste avant les portillons, où une jeune femme souriante lui demanda l'objet de sa visite.
- j'ai rendez-vous avec F. de la M.
- vous avez une pièce d'identité ?
Il remis son passeport, elle lui donna un badge, provisoire précisa-t-elle.
- je préviens de votre arrivée.
Quelques minutes après un homme, tout sourire, sortit d'un ascenseur. Il ne semblait pas beaucoup plus âgé que lui, portait un costume très près du corps, chemise ouverte, des chaussures pointues aux tons variables qui conjuguaient le brun, le fauve et le marron. Il respirait une aisance tranquille, une maîtrise de tous les instants, jusqu'à cette calvitie précoce qu'il avait choisi d'ignorer en rasant ses derniers cheveux.
- ravi de vous recevoir ! vraiment ! vous me suivez ?
L'ascenseur s'arrêta au cinquième.
- je vous offre un café ?
Il en avait déjà bu beaucoup, mais il lui sembla discourtois de refuser celui-ci.
- vous avez la même à votre étage, crut bon de préciser F.de la M. en désignant la machine à café à l'intersection de deux couloirs.
- mon bureau est ici, je vous en prie...asseyez-vous.
- C'est peu dire si nous avons été éblouis par votre CV ! si jeune... comme quoi le nombre des années...
Il chercha la maxime exacte et, ne la retrouvant pas :
- enfin vous voyez ce que je veux dire... voici votre contrat. La période d’essai mentionnée est purement formelle, il va de soi qu'elle ne vous concerne pas.
Claude tenta de lire les lignes qui se bousculaient sous ses yeux, se chevauchaient, s’enchevêtraient et se brouillaient. Il repéra "lu et approuvé" "date et signature" en bas de la page.
- vous avez un stylo ?
- oh oui pardon ! tenez... pardon...
Et il signa.
Alors F. de la M. se leva. Il eut cette formule qu'il trouvait géniale, si appropriée en de pareils moments :
- bienvenue chez vous !
Et il lui serra vigoureusement les mains comme à un ami de longue date.
- vous connaissez le chemin désormais ! si vous avez la moindre question sur l'évolution de votre carrière, si vous voulez faire un point sur votre future retraite...c'est prématuré j'en conviens... bref...vous connaissez le chemin ! Votre bureau est deux étages en dessous du mien, je vous laisse le découvrir, vous le trouverez aisément.
Claude se trompa d'étage.
Il pénétra dans une salle de réunion où des tables de bois blanc étaient agencées en forme de U. Au fond, à gauche, sur un mur, il y avait un écran et un paperboard. À pas timides il s'avança. Derrière les baies vitrées les façades de verre de l'immeuble voisin renvoyaient les reflets d'une façade de verre. Il s'approcha encore et, baissant les yeux, il vit sur le trottoir opposé un groupe de trois hommes et une femme qui, épaules rentrées, dos voûtés, insuffisamment vêtus dans cet espace sans abri, tiraient hâtivement sur leur cigarette.
Il retrouva son bureau.
Au moins lui avait-on épargné l'open space.
Il disposait d'un ordinateur flambant neuf, d'une imprimante personnelle et d'une photocopieuse, d'une corbeille à papiers signée Philippe Starck.
Au mur il y avait une pendule, très sobre, très design.
Elle indiquait 09h50.


vendredi 22 mars 2024

No future (archive)

 


 

 

No future

 


À Caroline.

C'est un article de Marianne intitulé " Et si les punks avaient gagné ?" qui m'a fait repenser à eux. Eux, c'étaient Caroline et François, que j'ai côtoyés vers la fin de mes années lycéennes, du côté de Pithiviers. Nous nous étions connus au bahut, j'avais 16 ans et eux la vingtaine ; j'étais le petit, ils étaient les grands. Ils m'aimaient bien, me toléraient dans leur cercle. Ils étaient toxicos.

Parfois j'enfourchais ma bleue pour leur rendre visite.

Chez eux, qui n'était probablement pas chez eux, c'était une petite maison à l'abandon, dans un hameau paumé entre Beauce et Gâtinais.  On y entrait par une porte de fer forgé qui ne fermait plus. Là, un chemin étroit, envahi de ronces, de matériel agricole rouillé, sinuait jusqu'à la demeure. Je me souviens d'un tricycle rouge, incongru, dans un bosquet d'orties. En franchissant la porte on tombait sur le salon. Au fond il y avait une grande fenêtre par où entrait la lumière du sud. Elle donnait sur un jardin tout aussi délaissé où n'en finissaient pas de mourir des fruitiers méconnaissables. Dans ce salon régnaient le désordre et la crasse, cendriers débordants, vaisselle jamais faite, vêtements éparpillés un peu partout. J'étais à la fois fasciné et écœuré par cet environnement. Ainsi des gens pouvaient vivre de cette façon ? C'était donc ça la liberté ?

- Tu veux un café ? C'est du Nes, ça te va ? François fait la sieste.

"La sieste à heure fix", pensais-je...

Elle lavait sommairement une tasse et moi je m'asseyais sur un tabouret graisseux. Avant de m'enfuir, ma tasse à peine finie. Mais je savais que je reviendrai, attiré par le sordide, conscient d'avoir sous les yeux un exemple de mode de vie exceptionnel, dans l'air du temps de cette fin de seventies. Jamais pour autant ils n'en ont profité pour me proposer de partager leurs expériences, et de cela je leur suis infiniment reconnaissant. J'étais le petit...

Un jour j'ai une nouvelle fois franchi leur porte. Il y avait de la musique en cet après-midi. Mais quelque chose n'allait pas. "Tubular Bells" semblait rayé, revenait sans arrêt à la même plage sans que personne ne s'en soucie. Dans le salon les volets étaient clos. A gauche, sur une paillasse à même le sol, ils dormaient profondément. De nouveau je me suis enfui, me promettant de ne plus jamais revenir.

J'ai revu Caroline quelques semaines plus tard. Elle n'allait pas bien.

- ça va ?

- François est mort.

Un soir elle s'était couchée à ses côtés, et au matin il était froid, ne bougeait plus. Son futur s'était arrêté là.

Ça l'a réveillée Caroline. Plus jamais elle n'a touché à "ça", est devenue "clean". Elle a laissé tomber la maison, s'est trouvé des petits boulots sur les marchés. S'est même offert le luxe, quelques années plus tard, d'ouvrir une boutique de fringues en franchise. Mais de vie de "couple" elle n'en a plus jamais eu, d'enfants encore moins ;

son "no future à elle".

Le chant du chardonneret


Le printemps est arrivé, la belle saison ! 


mercredi 20 mars 2024

Demandez à Mouloud



Ne comptez pas sur nous ni sur nos enfants pour aller faire votre guerre en Ukraine : il n'y a plus de place pour graver nos noms aux monuments aux morts. 

Demandez plutôt à Mouloud, "la Castellane, Marseille". Lui connaît de vrais patriotes, déjà formés au maniement des armes. 

mardi 19 mars 2024

And now... the news !


Emmanuel Macron était à Marseille. 

Les syndicats paysans (pas tous) chez Attal. 

De quoi avons-nous parlé sur toutes les ondes sonores et imagées ? 

lundi 18 mars 2024

La bonne nouvelle du jour


JE est de RETOUR.

La mauvaise : les commentaires sont fermés, nous ne pourrons pas dialoguer avec lui... 😭