jeudi 9 juillet 2026

La saison des amours




Depuis que je suis à "S" il se produisait tous les soirs un phénomène étonnant, au moment d'éteindre les lumières, dans ce grand salon que j'ai choisi pour y passer mes nuits. Sur le sol s'allumaient de petites lumières fluorescentes, vertes, jaunes, et composaient comme un ciel étoilé. Ça n'était pas pour moi une découverte, je reconnaissais là ce que l'on nomme abusivement des vers luisants. Mais, cette année, ils n'étaient pas quelques-uns, égarés sur la terrasse ou sur les coteaux de mon chemin : ils envahissaient ma maison, éclairaient les plinthes, les recoins des murs, et jusque sous ma table de nuit. J'en parlais à ma belle. Mine de rien elle s'y connaît en bestioles, elle qui a épinglé, enfant, tant de papillons sur des morceaux de carton, elle qui reconnaît un Lucane s'envolant à la nuit tombante, ces Lucanes que mes fistons appellent des Jésus, car ils ont la particularité de voler à la verticale, les ailes en forme de croix.

"Tu dois être arrivé dans la période nuptiale me dit-elle, et les femelles allument les mâles de cette façon pour les attirer".

Des mâles un peu bigleux, j'imagine, qui sinon seraient passés à côté de leur belle. En somme elles font des appels de phares, un peu comme les... non rien.

"Que l'on nomme abusivement des vers luisants", disais-je plus haut, et en effet il ne s'agit pas de vers, mais bien de coléoptères. La bestiole est assez peu ragoutante. Au matin, quand la lumière du jour revient, elle ressemble à une grosse crotte de souris, et sa consistance, molle, répugne. Du balai j'en poussais un bon nombre dans la pelle, que je jetais ensuite par la fenêtre.

Et puis tout cela a pris fin. Un soir il n'y eut plus de petits points lumineux sur le sol de ma maison, qui était redevenu sombre comme un soir sans lune et sans étoiles. L'étrange Voie Lactée s'était éteinte.

La saison des amours était terminée.

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Mais en gens bien élevés tout de même...