mercredi 28 août 2024

Cohabitation


La dernière fois que je l'ai vue, elle ou sa cousine, c'était il y a bientôt 50 ans. À vrai dire dans la même journée j'en avais vu deux, l'une du côté de chez Brigitte, de renommée internationale sur ce blog, et l'autre, à peu d'heures d'intervalle, au cours d'une balade à quelques 3 km de "S".

Depuis plus rien, à tel point que je la croyais définitivement perdue, effacée de la diversité. Je l'avais en fait entr'aperçue depuis, mais pas franchement dans son milieu naturel : au vivarium du jardin des plantes, à Paris. Là, on pouvait aussi y voir son aire de reproduction, extrêmement réduite : une trentaine de kilomètres autour de Montélimar.

"Elle" c'est donc "la couleuvre verte de Montélimar", et l'autre jour, en rentrant dans notre grange, je l'ai revue, bien vivante, avec un féroce appétit.

MAIS JE LA DÉRANGEAIS DURANT SON DÉJEUNER.

Attention ! Âmes sensibles s'abstenir ! 

dimanche 25 août 2024

Malédiction !!!



Le phylloxéra dévastait le pays. Au lieu de vin, on but, au dîner, un jus de raisin plus économique, la Parisienne, comme on le nommait. Elle se fabrique en mettant une grappe entière dans un bocal rempli d'eau. L'un après l'autre, les grains fermentent et éclatent. La quantité bue pendant le jour est remplacée par son volume d'eau durant la nuit. Ainsi avec une autre cruche puisée au puits et toujours une autre grappe qui explose et abandonne sa force, une caisse de Parisienne peut suffire à une famille jusqu'au printemps. C'est comme on peut le conjecturer une maigre boisson, mais fort agréable au goût.


Robert-Louis Stevenson, Voyages avec un âne dans les Cévennes


vendredi 23 août 2024

Ce pays...


... ce pays, ce pays...

... le pays, le pays, le pays...

Ils n'ont que ce mot à la bouche, ne sachant plus le nommer... 

mercredi 21 août 2024

L'aveu


Ce qui est rassurant dans cet article de "Courrier International" c'est l'aveu : personne ne comprend pourquoi. 

mercredi 14 août 2024

Trop spécialisés




Hier on a trouvé le père Hubert mort, gelé, dans son comptoir. Les rats avaient commencé d'entamer ce qu'il avait de plus mou à découvert : le cou, les joues et le gras des paumes. Voici longtemps qu'on s'y attendait. Ça n'a surpris personne. Sur le fronton de sa boutique, on déchiffre encore : 

CAFÉ-VINS-LIQUEURS-HOTEL TOUT CONFORT

"Tout confort." Tu parles !

 Rue de bièvre, au 1 bis, tout près du quai. Deux étages et demi, c'est-à-dire qu'il faut être nain ou amputé à hauteur des rotules pour se tenir debout dans les soupentes. L'aspect extérieur est au moins aussi honnête que celui des autres masures de la rue. Mais dès que l'on gravit un étage, on est fixé. Les plafonds se font la malle. Les parois sont concaves ou hydropiques. Aux paliers, on bute dans des trous, des fondrières. Ici, l'élément locataire se compose (où se décompose en) cinq ménages dont trois à la colle, ce qui rassemble vingt et un enfants de deux à dix ans, sans compter ceux au maillot. Les pères ont tous un air de famille : minuscules. Aucun d'entre eux n'atteint un mètre soixante, il s'en faut. Et un postulat commun : ne foutent strictement rien, depuis beaucoup d'années. Le malheur, que voulez-vous. Tous ouvriers ou manœuvres spécialisés, mais spécialisés à ce point, et si malencontreusement, que l'emploi qu'on pourrait leur offrir ne correspond jamais à leur spécialité. Il s'en faut chaque fois d'un poil. Alors : chômage, secours, prime à la naissance, assistance par ici, assurances par là, sociales, pas sociales, dissociales...

 Avec ça on ne vit pas mal et on a pas le gosier sec. Mais payer le "popiétaire", autre histoire. Faut attendre qu'il rouscaille pour lâcher un peu de lest...

Enchantements sur Paris, Jacques Yonnet, Denoël 1957

mardi 13 août 2024

Le Maître des horloges

 


D'aucuns diront que ça sent un peu trop "la peau de chagrin" remaquillée, et ils auront raison. Mais j'aime bien malgré tout : 

..... 

 À l'emplacement exact de la baraque de Cyril, un horloger venu d'Orient, converti à la religion du Christ et qui faisait montre de "grand- piété" s'était installé. Il confectionnait, vendait et réparait des mécanismes, à l'époque fort précieux et rares, destinés à fractionner le fil des heures. 

Sa clientèle ne pouvait être recrutée que parmi les nobles ou les riches négociants. Tristan l'Hermite, qui habitait un hôtel tout proche, appréciait l'habilité de l'horloger et l'avait pris sous sa protection. 

Le commerce des horloges prospérait. L'Oriental avait répudié son nom barbare et se faisait appeler Oswald Biber. (Ce qui désigne un castor, de même que l'ancien mot français "Bièvre".) L'astucieux homme vivait chichement, et cependant on le savait devenu fort riche. Entre temps, des Bohémiens que l'on avait refoulés de la Cité établirent leurs campements aux alentours de Port-aux-Bûches. Ils lisaient l'avenir dans le sable remué du bout d'un bâton, dans les mains des femmes et les yeux des enfants. 

Des prélats s'émurent et crièrent à la magie. Mais il n'y avait point dans tout le port assez de bois pour brûler tous ceux qu'à tort ou à raison on eût taxés de sorcellerie. Les bohémiens, on disait alors "Egyptiens" entretenaient avec l'horloger des relations de bon voisinage. C'est peut-être à cause de cela qu'une rumeur prit corps et s'affirma, selon laquelle le pieux Biber était en réalité détenteur de secrets interdits. Avec le temps, il fallut bien en convenir.

 Certains de ses clients, les plus vieux et les plus fortunés, semblaient ressentir de moins en moins le poids des années. Ils rajdésormais t, et des vieillards virent avec étonnement ceux qu'ils croyaient leurs contemporains redevenir des hommes dans la force de l'âge... 

Ont sut que Biber, en grand mystère, avait construit pour eux des horloges qui ne se souciaient peu d'indiquer les heures : elles tournaient à l'envers. Celui dont le nom était gravé sur les arbres des rouages voyait son sort lié à celui de l'objet. Il revenait sur ses pas, parcourait à rebours la tranche d'existence déjà accomplie, il rajeunissait.

 Une confrérie s'était formée entre les bénéficiaires du merveilleux secret. De nombreuses années s'écoulèrent... 

Et puis un jour, Oswald Biber reçu la visite de ses clients rassemblés. Il le supplièrent : "Ne pouvez-vous faire en sorte que les mécanismes maîtres de nos vies marchent désormais à l'endroit ?" 

- Hélas ! Ceci m'est impossible... Estimez-vous heureux cependant : vous seriez tous trépassés depuis bien longtemps si je ne vous avais traités de la sorte.... 

- Mais nous ne voulons plus rajeunir ! Nous appréhendons l'adolescence, l'inconsciente jeunesse, la nuit de la prime enfance, et l'aboutissement inéluctable où nous rejoindrons les limbes... Nous ne pouvons supporter l'obsession de la date implacable, la date écrite de notre mort... 

- Je ne puis plus rien, plus rien faire pour vous... 

- Mais pourquoi, vous que nous connaissons depuis tant d'années, nous apparaissez-vous toujours sous le même aspect ? Il semble que vous n'ayez pas d'âge... 

- Parce que le maître que j'eus à Venise, en des temps très lointains et qui ne m'a point, ce que je déplore, infusé toute sa science, a construit pour moi l'horloge que voici. Les aiguilles tournent alternativement vers la gauche et vers la droite... Je vieillis et rajeunis d'un jour sur deux...

Enchantements sur Paris, Jacques Yonnet, Denoël 1957


mardi 6 août 2024

Le fossé


La bourgeoisie anglaise, comme celle de l'Europe toute entière, ayant congédié son personnel, se retrouve aujourd'hui face à des émeutes inédites, mais à mon avis destinées à un bel avenir : celles de ceux que l'on a trahis, pour qui les défilés de la Couronne ne veulent plus rien dire, qui ne rêvent que de renverser le carrosse. 

Là-bas comme ici, il a semblé plus simple de remplacer la petite bonne, l'ouvrier, qui arrivaient de Guémené Penfao à Montparnasse, par d'anciens colonisés qui ne savaient écrire, pas plus qu'ils en connaissaient le sens, le mot "droits". En Angleterre ce n'est certes pas Margaret Thatcher qui le leur aura appris...

Mais le fossé semble si grand désormais, entre l'élite et le peuple, que je ne vois pas comment nous pourrons éviter d'autres révolutions, d'autres têtes qui tombent. 

Et ce n'est pas en libérant des places de prison pour y loger les réfractaires que l'on apaisera la situation. 

Quand je serai touriste



Un Petit Ivoirien :

ON LES AIME BIEN

samedi 3 août 2024

Au-dessus des normales saisonnières


- Il dit quoi le bulletin météo pour aujourd'hui ?

- attends, je vais voir... voilà :

Dans un ciel calme et généralement ensoleillé, il souffle une belle brise de nord, nord-est, avec des rafales possibles de 45Kh. Les températures minimales sont de 19 degrés au matin, et de 32 degrés au plus chaud de la journée, 2 degrés au-dessus des normales saisonnières.

- deux degrés au-dessus des normales saisonnières !!!  Mais tu veux me gâcher les vacances ou quoi !? 

lundi 29 juillet 2024

Retour sur une cérémonie



Se faire plaisir, faire plaisir aux quatre rues qui comptent dans Paris, faire un bras d'honneur au reste de la France et de l'humanité. C'était l'objectif et il a été parfaitement atteint. Avec du rose dégoulinant de partout, de la provocation à pas cher, ce fut la plus belle prise d'otages par une minorité, retransmise en mondovision, que l'on ait jamais vue. Minorité qui nous somme de nous oublier un peu, et de s'identifier à elle.

Jamais ! 

dimanche 28 juillet 2024

Contre la vie

 



Au début du printemps dernier, pesait sur "S" une menace d'amende salée, pour débroussaillage insuffisant. Alors, en avril, profitant d'une embellie climatique, je me suis rendu à "S" pour tenter de lever la menace. J'ai mobilisé tous les muscles de mon corps vieillissant, sorti les cisailles, la débroussailleuse et les binettes. C'est peu dire que sur mes jambes mal assurées j'en ai mis un sacré coup. Ç'est peut dire aussi qu'à la fin, le dos éreinté, des acouphènes plein la tête à cause du bruit de la bécane, j'étais plutôt fier de moi et du travail accompli. J'ai envoyé à ma belle quelques photos, auxquelles elle me répondit par une emoticône "pouce levé", voire un "top" lapidaire quand j'insistais, allant à la pêche aux compliments, et qu'elle se voulait plus bavarde. Et puis, satisfait du devoir accompli, je suis retourné à Paris. 

En ce début d'été je suis de nouveau à "S" . "F." m'y a emmener de Valence, là où il crèche. Sur la route j'ai fait le fier à bras : "tu vas voir, vraiment tu vas voir, jamais "S" n'a été aussi propre. On dirait un jardin anglais... " 

Nous sommes arrivés par le petit col, qui descend en pente douce jusqu'à la vieille magnanerie. Déjà j'apercevais le champ derrière la maison, ce champ qui fut tour-à-tour un champ de patates, de fraises, un champ de lavandes aussi, avant de n'être plus rien du tout, qu'un champ de cailloux. Voilà, nous y étions... et quelles ne furent pas ma surprise, ma colère et ma déception, de constater que tout avait repoussé en deux mois, que les ronces insolentes, envahissantes, qui m'avaient tant meurtri les bras et les mollets dans notre combat, couraient de nouveau de partout, que mon travail de presque vieillard avait été inutile et dérisoire ! 

"F" cachait mal son amusement :

- faut dire qu'il a beaucoup plu tu sais... 


Contre la vie on ne peut rien.


PS : Le moustique-tigre est bien arrivé. 

Contrairement à ses congénères ancestraux, il sévit de jour comme de nuit. Un peu mollasson, très repérable avec sa couleur noire et ses pattes rayées, il se laisse facilement écraser. 

Mais quand même... 

samedi 27 juillet 2024

Décor




À chaque fois que je vois Paris mis en scène comme hier soir, je ne peux m'empêcher de songer au grand basculement qui s'est opéré en quelques décennies. Qu'on y songe un peu, que voit-on : une multitude de cadres à costume-cravate, tous les matins, sur les quais du métro, du RER ou sur leur trottinette, se rendre à leurs bureaux de la Défense. Pour vivre à Paris ils se sont endettés à vie, afin d'acheter un deux pièces minable, mal éclairé et mal foutu, où vivaient autrefois nos parents, nos grands-parents, artisans, petits commerçants, prolos à bleu de travail...Tout bien pesé, à franc constant non devalué ramené au prix de l'euro actuel, nonobstant le rattrapage inévitable du cours de l'or, de la banane plantain comme celui de l'uranium, et en dépit du choix de la cravate, ils sont comme leurs prédécesseurs les baisés d'un système auquel ils participent en se pensant des "winners". 

Imbéciles, pauvres types... Quelle dégringolade ! 

Mais si la crème du capitalisme, ou supposée telle, vit dans les logements ouvriers d'hier, ne sont-ils pas les prolétaires d'aujourd'hui ? Se posent-ils la question le soir en s'endormant sur leur lit Ikéa ? Et à qui confier les chambres de bonne du sixième étage sans ascenseur avec chiottes sur le palier ?

Mais non, jamais ils ne se poseront la question : ils vivent dans le décor d'Emily, et ça, ça n'a pas de prix. 

vendredi 26 juillet 2024

Privatisation


- toi tu dégages !

- mais comment ça je dégage ? Je vends mon shit ici depuis toujours ! Et un peu de coke aussi de temps en temps... 

- tu dégages on te dit ! Barre-toi ! Va à Clermont-Ferrand ! Paraît qu'ils sont en manque là-bas...

.... 


- monsieur... 

- oui ? 

- vous allez où comme ça ?

- ben chez moi, j'habite à deux pas. Je reviens de mes courses au Prisunic...

- vous avez votre QR code ?

- mon quoi ? 

- un titre de propriété, un justificatif de domicile... 

- mais enfin ! Je suis né dans cette maison, là ! Vous voulez quoi de plus ! 

- désolé on ne passe pas !

... 

- Bernard ? Le Pont des Arts est à vous. Bons jeux ! 

Euphémisation


Je suis frappé des ravages de l'euphémisation.

Ça donne par exemple, sur les plateaux-télé, des commentateurs, des politiques, qui, ayant peur de franchir les bornes au-delà desquelles ils n'y a plus de limites, butent sur les mots, bégaient, ponctuent leurs phrases d'innombrables "heu, heu heu" et de leurs tics de langage, rendant leur argumentation inaudible...

C'est encore plus vrai chez les commentateurs de droite, qui semblent avoir au-dessus d'eux comme une épée de Damoclès, celle du politiquement correct : pour eux, trouver le mot le plus doux, le moins dérangeant, est l'objectif primordial : ils en transpirent tant l'exercice est délicat, qu'ils savent que ce qu'ils sont en train de dire ne correspond pas au fond de leur pensée.

Ainsi aujourd'hui se refusent-ils, en commentant les sabotages des lignes SNCF, à parler de terrorisme. 

Ah bon !? 

Qu'est-ce donc alors ? 

Des incivilités ? 

Au fond oui : "incivilités" est le mot qui leur convient, celui qu'ils ont adopté tant il leur a été suggéré, imposé, qui leur vient spontanément à l'esprit :

Le mot des lâches. 

Interlude




Pepe Romero

Mais ma préférée de l'album c'est celle-ci : Fantasia para un gentilhombre